Un témoignage venant d'Andalousie

Introduction

Nous sommes installés en Andalousie dans le petit village de Villanueva de Tapia, à moins d'une heure de l'aéroport de Malaga et de Grenade. C'est un site complètement isolé, sans eau de distribution, ni électricité, égouts ou téléphone. Il a donc fallu relever le défi pour y vivre de façon autonome, mais aussi pour pouvoir ouvrir nos portes au public.

Pour nous rejoindre, contacter :  ecocampementnomade@gmail.com

Nous offrons actuellement la possibilité de planter une tente, loger dans une yourte, dans une chambre d'hôte, un gîte 2-4 personnes, un gîte 6-8 personnes.

La nappe phréatique étant située à plus de 150 m de profondeur, contenant une eau calcaire et saumâtre, nous avons renoncé à forer un puits.

En Andalousie, les habitants ont tendance à dire qu'il ne pleut jamais et de toute façon, pas assez. Tel n'était pas notre constat. Même en venant d'Europe du Nord, force est de constater qu'ici, la pluviosité est loin d'être négligeable, bien que les pluies soient réparties sur l'année d'une manière plus irrégulière.

Dès la première année, nous avons eu des averses de 15 à 35 litres au m². Afin de capter les précipitations, nous avons équipé de gouttières tous les toits disponibles. Faute de trouver des citernes en béton, nous en avons construite une. Elle est maçonnée et rendue étanche par un mortier ciment/chaux.

Le premier hiver, notre citerne de 11 m³ a débordé. Elle était, de toute évidence, sous-dimensionnée. Cela nous a montré que pour nous, la seule solution réaliste est la récupération de l'eau de pluie. Nous étions donc heureux d'abandonner la corvée de chercher de l'eau au village voisin pour couvrir nos besoins domestiques.

Grâce à la découverte du site EAUTARCIE du Professeur Országh, nous avons réalisé que l'autonomie d'eau était à notre portée. C'est ce qui est devenu notre objectif. En dépit des recommandations du site EAUTARCIE, au départ, nous n'avons pas fait confiance à la qualité potable de notre eau filtrée. Faute de trouver un laboratoire pour analyser cette eau, nous avons continué à remplir nos bouteilles aux sources du village pendant un an.

Ce n'est que fin novembre 2008 que nous avons pu trouver une pharmacie pour analyser l'eau. A notre grand soulagement, l'analyse de notre eau de pluie filtrée était positive: elle répondait aux normes espagnoles pour l'eau potable. 

En faisant confiance, dès le départ, au système EAUTARCIE, nous aurions pu épargner au moins une année de corvée d'eau potable. Nous sommes à présent pleinement d'accord avec Monsieur Országh quand il affirme que "dans un avenir proche, la seule source d'eau potable de qualité disponible à tous, sera la pluie". C'est déjà vrai en Andalousie.

Pour notre autonomie (famille + visiteurs), nous avons déjà installé une capacité de stockage de près de 40 m³ qui semble être encore trop petit pour stocker la totalité de l'eau qui tombe sur le toit. Probablement à cause de l'irrégularité des précipitations.

Caractéristiques techniques de notre installation

Surface de toiture

Maison: 85 m², panneaux solaires: 7,2 m², petits toits divers: 6 m², ². 

Stockage de l'eau

Il se fait dans plusieurs citernes:

  • Une citerne maçonnée de 11 m³, mentionnée plus haut, avec carrelage au fond. En amont de cette citerne, il y a un bac de décantation qui reçoit les eaux du toit. 
  • Une citerne de 8 m³ en polyester de qualité alimentaire. Elle sert de "château d'eau", puisqu'elle est enterrée dans la partie haute de notre terrain. L'eau y est pompée au départ de la citerne de 11 m³. L'eau est donc distribuée dans la maison par gravité. 
  • Une citerne de réserve de 12 m³ en polyester posée à même le sol au sommet du terrain.
  • Six cubes de 1 m³ en polyéthylène alimentaire.
  • Une citerne de 2 m³ en polyester.

Equipement

  • Une pompe hydrophore, alimentée 100% par l'énergie solaire et éolienne.
  • Un filtre de marque Cintropur de 25 microns, placé en aval de la pompe.
  • Un système de micro-filtration (pré filtre + céramique + charbon actif) pour la production d'eau potable à la cuisine et au studio.
  • Un compteur d'eau général pour mesurer la consommation totale.
  • Un compteur pour la cuisine extérieure de nos hôtes.
  • Un compteur pour le chalet, les yourtes et les gîtes.

Epuration des eaux grises

Venant du petit gîte

Les eaux grises produites au gîte Romero passent dans un bac dégraisseur garni de pailles, puis dans une cuve formée d'un cylindre en béton de 1 m de profondeur et de 80 cm de diamètre. Les matières s'y déposent dans le fond. Le trop-plein s'écoule dans une deuxième cuve d'où l'eau est pompée pour être stockée dans une citerne qui servira à humidifier le compost et arroser le potager et les oliviers.

Les eaux du chalet

Les eaux grises du chalet passent à travers trois bassins filtrants plantés (plantes aquatiques) ayant un dénivelé de 40 cm de bassin en bassin. Dans chaque bassin, l'eau à épurer monte du bas vers le haut pour traverser 4 couches de minéraux. Chaque bassin contient une couche de gros cailloux, couverte d'une couche de roche volcanique, puis de petits graviers et finalement, un couche de sable. Les plantes du garnissage ont été prises au bord du ruisseau en bas de notre terrain.

L'eau du quatrième bassin sert pour l'arrosage.

Analyse de notre eau de pluie filtrée

Paramètres 

Valeurs

Unités

Normes pour l'eau potable

Couleur

0,2

 

pas de norme

Odeur

normal de 3 à 25°C

 

pas de norme

Turbidité

2

FNU

 < 1

Conductivité

163,6

µS/cm

< 400

pH

7,53

-

6,5 à 9,5

Ammonium

0,017

mg/l de NH4+

< 0,5

Ions nitrites

0,020

mg/l de NO2-

< 0,5

Germes totaux:

à 22°C

à 37°C

 

40

38

 

ufc/ml

ufc/ml

 

< 100

< 100

Escherichia coli

absence

Ufc/ml

absence

Coliformes totaux

absence

Ufc/ml

absence

Coliformes fécaux

absence

Ufc/ml

absence

Témoignages de nos hôtes sur l’eau et les toilettes sèches

  1. Suite à leur passage chez nous, un couple avec ses trois enfants âgés de 3, de 6 et de 9 ans ont décidé de supprimer leurs W-C à chasse chez eux, pour les remplacer par des toilettes à litière.
  2. Un papa vivant seul avec ses deux enfants de 9 et de 15 ans m'a demandé de sensibiliser les enfants à leur consommation en eau et en énergies. "Si les conseils ne viennent pas des parents, les enfants sont plus à l'écoute, ils sont plus attentifs et cela a plus de poids" - disait-il. A son avis, relever les consommations au compteur à l'arrivée et au départ est une bonne idée. Ainsi, on peut calculer la consommation moyenne par jour et par personne et même la suivre de jour en jour si on le souhaite. J'ai aussi expliqué les gestes simples et responsables pour les économies d'énergies. Le papa, qui vit à Paris, avait déjà entendu parler des toilettes à litière et voulait passer à l'action et faire découvrir notre environnement à ses enfants.
  3. Un couple s'est rendu compte que chacun pouvait se doucher avec trois litres d'eau; de quoi remplir deux flacons de 1,5 litre.
  4. Un couple avec deux enfants (de 4 ans et demi et 5 ans et demi) a tenu à venir chez nous pour sensibiliser les enfants aux économies d'eau. Ceux-ci laissent habituellement couler l'eau du robinet en se brossant les dents, laissent couler l'eau de la douche et n'éteignent pas les lumières en quittant une pièce. Chez nous, après moins de trois jours, les enfants ont compris l'importance des économies et leur maman était très satisfaite.
  5. Un couple est arrivé chez nous avec deux enfants. Le mari voulait installer des toilettes à litière à la maison, contre l'avis de son épouse et de ses enfants. Les "opposants" étaient étonnés de constater que même à une température supérieure à 35°C, il n'y avait ni mouches, ni odeurs dans la toilette, pas plus que près du tas de compost.

Concernant les toilettes sèches, l'absence d'odeur semble être l'argument décisif pour la plupart des familles.

L'eau de boisson

Dès notre arrivée en Espagne, nous n'achetions de l'eau en bouteilles que pour renouveler notre lot de flacons pour le stockage. Pendant la première année, ces flacons ont servi à transporter l'eau (chlorée) de distribution prélevée à un robinet public au village.

Après un certain temps de consommation de l'eau de distribution, nous avons préféré de prélever l'eau pour la boisson à une source, signalée par les anciens du village, délivrant de l'eau fraîche et apparemment de bonne qualité. Nous avons préféré cette eau, en dépit du fait que officiellement, elle était déclarée "non potable".

L'été suivant, le débit de "notre source" est devenu un mince filet. Il a donc fallu nous approvisionner à une autre source située plus loin. Comme il se doit, l'eau de cette source était aussi déclarée "non potable". Cela ne nous a pas empêché d'y prélever l'eau. Les Espagnoles en faisaient autant. L'eau de cette source avait un goût agréable, mais elle nous a fait énormément aller à la toilette.

Intriguée par les effets sanitaires de cette eau, j'ai demandé une analyse auprès de l'administration communale. C'est ainsi que nous avons appris que les deux sources délivraient une eau dont la teneur en nitrates dépassait la limite légale de 50 mg/l.

Par la même occasion, j'ai aussi fait analyser notre eau de pluie par un pharmacien, avec les résultats signalés plus haut. C'est triste à dire, mais il a donc fallu attendre plus d'un an pour réaliser que la qualité de l'eau de notre citerne était de loin supérieure à celle de l'eau de distribution, mais aussi celle des sources du village. Nous sommes à présent convaincus et décidés à boire notre eau de pluie filtrée. Disposer donc de l'eau potable de qualité est possible avec des moyens simples.

Quelques exemples sur la problématique de l'eau en Andalousie

Fort de notre expérience, nous avons fini par nous intéresser aux problèmes d'eau des villages voisins. J'ai donc appris que la nappe phréatique située dans la zone était gravement polluée par les nitrates. Les habitants sont approvisionnés en eau potable par des camions citernes.

Ce même scénario pourrait se passer dans d'autres villages andalous, suite à une agriculture intensive. Déjà actuellement, la pénurie d'eau s'installe progressivement: certains villages sont privés d'eau pendant des périodes allant jusqu'à 15 jours.

Lors d'une de nos excursions estivales, nous avons décidé d'aller voir le lac "Pantano del Agujero" près de Malaga. A l'arrivée sur les lieux, en dépit d'une inscription murale "Pantano del Agujero" aucun plan d'eau n'était visible. Interrogé, un passant espagnole nous a confirmé le fait que nous sommes bel et bien près du lac signalé sur la carte. En lieu et place de l'eau, une vallée profonde s'offrait à nos yeux avec une végétation dans le fond. Ce qui nous laisse croire que depuis longtemps, il n'y a plus d'eau dans ce réservoir.

Ce lac/réservoir/barrage devrait servir, en principe, à l'alimentation en eau potable .

Quelques questions auxquelles j'ai répondu lors d'une enquête menée pour le compte d'un guide de vacances écologiques, au sujet de l'eau

Avez-vous des robinets ou pommeaux de douche à faible débit?

Oui, bien que le chauffe-bain au gaz ne permet le passage que de 5 litres d'eau par minute.

Avez-vous des W-C à deux vitesses ou à basse consommation d'eau?

Nous n'avons aucun W-C à chasse d'eau, mais uniquement des toilettes à litière qui, au lieu de l'eau, consomment des copeaux de bois. C'est du déchet de menuiserie que nous récupérons.

Avez-vous un système de récupération d'eau de pluie?

Oui. Chaque mètre carré de toit est mis à contribution pour la récolte de l'eau de pluie. C'est notre seule source d'eau. Nous n'avons pas d'autre alternative, mais cela nous suffit. Nous ne manquons jamais d'eau.

Avez-vous un système de recyclage des eaux grises?

Oui. La totalité des eaux grises produites sont épurées et servent pour l’arrosage du potager, le verger et aussi pour humidifier notre tas de compost. Nous ne pouvons pas nous permettre le gaspillage de cette eau, si précieuse en Andalousie.

L'eau grise épurée est stockée dans une citerne. De ce fait, elle est disponible quand nous en avons besoin.

Avez-vous pris d'autres mesures, qui ne figurent pas ci-dessus, pour réduire ou gérer votre consommation d'eau?

Dès leur arrivé, nos hôtes sont informés de l'absence de raccordement des bâtiments au réseau de distribution public. Nous leur signalons également le fait qu'il n'y a ni puits, ni source sur notre terrain. Toute l'eau utilisée provient des citernes à eau de pluie.

La quantité étant limitée, l'économie d'eau s'impose d'elle-même. Si les citernes devaient tomber à sec, il faudrait chercher l'eau dans le village, ce qui coûterait cher pour tous.

C'est ce qui justifie le placement d'un compteur d'eau qui nous aide à surveiller la consommation et de gérer le stock. Chez nous, les gestes de bon usage de l'eau s'apprennent par l'expérience vécue. C'est une bonne école de gestion responsable que l'on peut également pratiquer chez soi, au retour des vacances.

Le calcul de la consommation quotidienne par personne est non seulement une indication précieuse pour ajuster son comportement, mais aussi, surtout pour les enfants, une activité ludique d'arithmétique appliquée à l'écologie au quotidien.

Nos hôtes sont parfois surpris d'apprendre que leur consommation pour l'hygiène personnelle finit par s'établir autour de 20 litres par jour par personne. C'est moins que la moitié consommée à la maison. La cuisine ne consomme que 5 litres par jour par personne. Je leur dis également que le placement d'une toilette à litière chez eux, réduirait la facture d'eau d'environ 30 %.

Chez nous les vacances, c'est aussi une initiation à l'écologie.

Villanueva de Tapia, le 25 janvier 2009.

Et qu’en est-il en février 2012 ?

 

- Avez-vous manqué d’eau un moment ou l’autre depuis l’installation de vos citernes ?

 

Non jamais, que du contraire nous avons a chaque fois terminé l’été avec plus de 12000 litres de réserve. Nous avons du même arroser très copieusement nos plantes pour pouvoir renouveler notre eau qui se trouvait dans notre citerne 12000 litres depuis plus de 2 ans.

 

-         Etes vous toujours satisfait de votre eau de pluie filtrée comme eau de boisson ?

 

Plus que jamais, nous sommes ravis de ne plus avoir de corvée eau à aller chercher au village, ni de devoir acheter de l’eau en bouteille. Notre eau de pluie est tellement excellente qu’il nous est difficile de boire de l’eau du robinet clorée quand nous sommes en visite ou de retour en Belgique.

 

-         vos toilettes sèches ?

 

toujours très satisfait, quoi que vu la crise il nous devient de plus en plus difficile d’obtenir des copeaux de bois auprès des menuisiers (ils n’ont plus de travail).

Notre alternative actuelle : comme nous n’humidifions pas notre composte comme il se devrait pour ne pas gaspiller d’eau, il prend plus de temps à se décomposer et s’il ne pleut pas assez, il se dessèche et perd son odeur à l’air.

Nous le réutilisons une deuxième fois. Nous en sommes à une phase d’essais qui je pense ne serait applicable que pour les pays chaux et secs.

 

- L’eau de pluie pour la douche et la vaisselle ?

 

  Un vrai délice que de se laver avec une eau douce et sans calcaire.

Pouvoir diluer son shampooing et savons liquides à 40% une économie de plus.

 

Mai 2012 :

 

Et Quand est-il de votre phase d’essais de recyclage des copeaux de bois déjà utilisés pour les toilettes sèches ?

 

Nous l’utilisons pour nous dans un premier temps afin de laisser les nouveaux copeaux à nos hôtes. Nous sommes très satisfait car pas d’odeur.

 

 

Conclusion :

 

Nous remercions vivement Mr Orzagh d’avoir fait partager sa recherche sur l’eau.

 

Nous sommes vraiment ravi d’avoir découvert la méthode de Mr Joseph Orzagh et ne pouvons que vous encourager à appliquer ses bons conseils. C’est parfaitement réalise et possible même dans les pays où il ne pleut pas beaucoup. Le tout est d’avoir des citernes suffisamment  grandes pour capter l’eau de grosse pluie. Avec moins de 10 jours de pluies abondantes nous avons suffisamment pour toute l’année.

Nous vous invitons à regarder ce que nous appelons la bible ou l’encyclopédie de l’eau.

www.eautarcie.org